Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/84

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— Ainsi, tu ne veux pas deux cents louis ? dit M. Leuwen.

— Je tiens déjà de vos bontés bien plus qu’il ne me faut, etc., etc. Que serais-je sans vous ?

— Eh bien, que le diable t’emporte ! reprit M. Leuwen avec énergie. Est-ce que tu deviendrais saint-simonien, par hasard ? Comme tu vas être ennuyeux ! »

L’émotion de Lucien, qui ne pouvait se taire, finit par amuser son père.

— J’exige, dit M. Leuwen en l’interrompant tout à coup, comme neuf heures sonnaient, que tu ailles de ce pas occuper ma loge à l’Opéra. Là, tu trouveras des demoiselles qui valent trois ou quatre cents fois mieux que toi ; car d’abord elles ne se sont pas donné la peine de naître, et, d’ailleurs, les jours où elles dansent elles gagnent quinze à vingt francs. J’exige que tu leur donnes à souper, en mon nom, comme mon député, entends-tu ? Tu les conduiras au Rocher de Cancale, où tu dépenseras au moins deux cents francs, sinon je te répudie ; je te déclare saint-simonien, et je te défends de me voir pendant six mois. Quel supplice pour un fils aussi tendre ! »

Lucien avait tout simplement un accès de tendresse pour son père.

— Est-ce que je passe pour un ennuyeux