Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/88

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CHAPITRE III


Hussard en 1794, à dix-huit ans, Filloteau avait fait toutes les campagnes de la Révolution ; pendant les six premières années, il s’était battu avec enthousiasme et en chantant la Marseillaise. Mais Bonaparte se fit consul, et bientôt l’esprit retors du futur lieutenant-colonel s’aperçut qu’il était maladroit de tant chanter la Marseillaise. Aussi fut-il le premier lieutenant du régiment qui obtint la croix. Sous les Bourbons, il fit sa première communion et fut officier de la Légion d’honneur. Maintenant il était venu passer trois jours à Paris, pour se rappeler au souvenir de quelques amis subalternes, pendant que le 27e régiment de lanciers se rendait de Nantes en Lorraine. Si Lucien avait eu un peu d’usage du monde, il aurait parlé du crédit qu’avait son père au bureau de la guerre. Mais il n’apercevait rien des choses de ce genre. Tel qu’un jeune cheval ombrageux, il voyait des périls qui n’existaient pas, mais aussi il se donnait le courage de les braver.