Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/93

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cères des hommes, pensa Lucien, et peut-être les plus heureux ! Pourquoi un de leurs chefs ne serait-il pas comme eux ? Comme eux je suis sincère, je n’ai point d’arrière-pensée ; je n’aurai d’autre idée que de contribuer à leur bien-être ; au fond, je me moque de tout, excepté de ma propre estime. Quant à ces personnages importants, de ton dur et suffisant, qui s’intitulent mes camarades, je n’ai de commun avec eux que l’épaulette. » Il regarda du coin de l’œil le capitaine qui était à sa droite et le lieutenant qui était à la droite du capitaine[1]. « Ces messieurs font un parfait contraste avec les lanciers ; ils passent leur vie à jouer la comédie ; ils redoutent tout, peut-être, excepté la mort ; ce sont des gens comme mon cousin Dévelroy. »

Lucien se remit à écouter les lanciers, et avec délices ; bientôt son âme fut dans les espaces imaginaires ; il jouissait vivement de sa liberté et de sa générosité, il ne voyait que de grandes choses à faire et des beaux périls. La nécessité de l’intrigue et de la vie à la Dévelroy avait disparu à ses yeux. Les propos plus que simples de ces soldats faisaient sur

  1. Demander la position à un officier. Actuellement je l’ai oubliée. De 1802, à Saluces, à 1835.