Page:Stendhal - Lucien Leuwen, I, 1929, éd. Martineau.djvu/98

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général. Est-ce qu’il croit que je c… le service ? »

Le comte N… avait encore, pour les petites choses, les habitudes de l’armée de Sambre-et-Meuse, où jadis il avait commencé sa réputation. Ces habitudes lui étaient d’autant plus vivement présentes en ce moment, que, plus d’une fois, pendant les cinq ou six dernières postes, il avait reconnu les positions occupées jadis par cette armée d’une gloire si pure.

Quoique ce ne fût rien moins qu’un homme à imagination et à illusions, il se surprenait avec des souvenirs vifs de 1794. Quelle différence de 94 à 183… ! Grand Dieu ! comme alors nous jurions haine à la royauté ! Et de quel cœur ! Ces jeunes sous-officiers que N***[1] m’a tant recommandé de surveiller, alors c’étaient nous-mêmes !… Alors on se battait tous les jours ; le métier était agréable, on aimait à se battre. Aujourd’hui il faut faire sa cour à un monsieur le maréchal, il faut juger à la cour des pairs[2] !

Le général comte N… était un assez bel homme de soixante-cinq à soixante-six ans, élancé, maigre, droit, de fort bonne

  1. Stendhal a d’abord écrit : Soult, mais il a corrigé. N. D. L. E.
  2. Vrai, mais…