Page:Stendhal - Lucien Leuwen, II, 1929, éd. Martineau.djvu/264

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parole. Parmi beaucoup de lieux communs, la phrase suivante frappa Du Poirier :

« Si vous songez à la Chambre des députés de Louis-Philippe et qu’il vous convienne de paraître aux élections, nous vous promettons nos voix et toutes celles dont chacun de nous peut disposer. »

Le discours fini, M. Ludwig Roller s’avança d’un air gauche, et ensuite se tut par timidité. Sa figure blonde et sèche se couvrit d’un nombre infini de rides nouvelles, il fit une grimace et enfin dit d’un air piqué :

« Moi seul, peut-être, je ne dois pas de remerciements à M. Du Poirier ; il m’a privé du plaisir de punir un insolent, ou du moins de l’essayer. Mais je devais ce sacrifice aux ordres de S. M. Charles X et, quoique partie lésée dans cette circonstance, je n’en fais pas moins à M. Du Poirier les mêmes offres de service que ces messieurs, quoique, à vrai dire, je ne sache pas si, à cause du serment à Louis-Philippe, ma conscience me permettra de paraître aux élections. »

L’orgueil de Du Poirier et sa manie de parler en public triomphaient. Il faut avouer qu’il parla admirablement ; il se garda bien d’expliquer pourquoi et comment Lucien était parti, et cependant sut attendrir ses auditeurs : Sanréal pleu-