Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/114

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ŒUVRES DE STENDHAL.

donnent le sentiment de la réalité, sont loin de produire le même effet lorsqu’on les raconte.

C’est surtout dans les Arènes qu’éclate le faux jugement des architectes de Nîmes. Au lieu de se borner à consolider les parties qui menaçaient ruine, on les a refaites entièrement ; c’est une reconstruction et non une réparation. On a eu la même barbarie à Rome pour le charmant arc de Titus. Il faut louer les architectes de ce qu’ils n’ont pas supprimé les phallus figurés de la manière la plus plaisante[1]. Isidore et Lampride nous ont appris des choses singulières sur ce qui se passait dans les cirques, et le mot fornicare dérive de fornix, qui signifie une arcade[2].

Les Arènes sont construites en pierres sans ciment ; elles étaient reliées par des crampons de bronze. Le roi Théodoric rendit une ordonnance qui défendait d’enlever ces crampons. Il y a des pierres de dix-huit pieds de long. Comme tous les grands bâtiments romains, les Arènes ont été une forteresse dans le moyen âge.

La fontaine de Nîmes serait une charmante ruine antique, et peut-être l’une des plus belles qui existent en France, si l’on n’avait dépensé deux millions pour la réparer. Aujourd’hui cette fontaine n’est qu’un canal revêtu de pierres de taille, bordé de balustres, et qui ressemble bien plutôt au fossé d’une citadelle qu’à une belle source d’eau vive. Par l’effet des réparations qu’on y a faites, cette fontaine donne la fièvre aux habitants des maisons environnantes.

La ruine voisine, qu’on a bien voulu ne pas abattre, était un nymphæum. On y voit des arcades qui ont été murées dans les temps postérieurs ; une seule, qui est ouverte, sert d’entrée. L’intérieur présente une grande salle voûtée, ornée de seize colonnes portant une corniche dentelée sur laquelle repose la voûte. Les murs sont bâtis en pierres énormes sans ciment et liées

  1. Menard, p. 18, n° 5.
  2. Lib. VIII, xlii, Lamprid. in Heliogab., 26 et 32.