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MÉMOIRES D’UN TOURISTE.

montré à la porte de la ville, à deux ou trois cents pas, dans lesquelles, pour quarante-cinq à soixante francs par mois, on est logé et nourri, savoir : déjeuner, café au lait excellent ; dîner à midi, passable et bourgeois ; à quatre heures, goûter avec café au lait ; et à souper, enfin, un plat de viande et salade avec légumes.

On paye par mois, et l’on peut par conséquent changer tous les mois. Les emplacements sont agréables, la vue générale l’une des plus belles du monde, comme on sait.

Dans la ville on trouverait également des pensions comme celles détaillées ci-dessus, à quarante-cinq, cinquante, soixante francs ; mais les chambres sont souvent tristes. En s’éloignant de Genève, les prix diminuent sensiblement ; a deux lieues on trouve de bonnes pensions à trente francs.

L’été, les pensions de la ville vont souvent passer trois mois à la campagne dans quelque Jolie maison sur le bord du lac ; on m’en a montré une fort agréable sur la route de Thonon. On peut se faire recevoir à l’un des deux cercles littéraires, moyennant cent francs d’entrée et le don d’un ouvrage de deux ou trois volumes. La dépense annuelle est de cinquante francs. Vous pouvez lire par ce moyen tous les journaux possibles, les brochures, et vous avez à votre disposition une bibliothèque de cinq à six mille volumes. Beaucoup de gens, qui ont un intérieur peu aimable, passent leur vie au cercle, qui est toujours bien chauffé en hiver, de huit heures du matin à onze heures du soir. Il y a billard, échecs, etc. Le garçon de cercle vous vend du café excellent, de la limonade, etc. On peut emporter un volume chaque soir. — Ainsi, pension annuelle, à soixante francs par mois, sept cent vingt francs ; cercle, cinquante francs ; étrennes, cinquante francs ; total, huit cent vingt francs.

Reste l’habillement d’un homme triste, qui n’est pas une affaire bien chère ; un homme de cinquante ans est donc riche à Genève avec douze cents francs par an.

Mais si quelquefois cet homme triste prend la figure d’un être