Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/332

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ŒUVRES DE STENDHAL.

le réveille après dîner. Par exemple » il admire des phrases de ce genre :

« L’hiver est dans mon cœur ; — Il neige dans mon âme. »

Je suis allé visiter avec respect le fort au fond de la rade, d’où le chef de bataillon Bonaparte prit Toulon, malgré le général Cartaux.


— Marseille, le.... 1837.

Après un dîner admirable à Toulon, comme il n’est pas rare d’en rencontrer dans le Midi, et auquel je me livrais dans l’espoir de profiter du retour pour le sommeil, je me suis réveillé à deux lieues de Marseille, par une pluie douce, qui faisait le bonheur de ces pauvres plantes de Provence, qui me font une vraie pitié.

Du Rhône au Var on ne voit que des monticules arides, couverts de serpolet : c’est la la Provence ; dans les points bas qui séparent ces monticules et où se rencontre un peu d’humidité, quand il pleut, on trouve quelque culture. Tout le reste est brûlé par le soleil. Demandez-vous un peu d’eau à une maison, on vous offre du vin ; l’eau va se chercher à une lieue de là et à l’heure des repas seulement : pour le moment il n’y en a point.

Réellement la Provence devrait faire tout au monde pour détourner la moitié de la Durance ou une branche du Rhône, et jeter cette eau dans le port de Marseille ; si l’on exécute ce projet, qui sans doute est praticable, il donnera la vie à un million d’hommes nourris par les plantes qui naîtraient de l’alliance de l’eau et de la chaleur. Marseille, en particulier, devrait tout faire pour amener une rivière dans son port, qui, tôt ou tard, lui donnera la fièvre jaune, et peut-être après le choléra.

Alger, qui a pour premier mérite de faire voir des têtes coupées à nos soldats, a l’avantage secondaire d’enrichir Marseille. Pour cette cause, on y est moins jaloux de Paris qu’à Bordeaux. Aussi la grande passion des Bordelais est-elle de faire abandonner l’Afrique. Si la France pouvait trouver un homme comparable au maréchal Davoust, elle devrait l’envoyer à Alger