Page:Stendhal - Promenades dans Rome, I, Lévy, 1853.djvu/21

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On peut craindre ici une guerre civile ei fort cruelle, aussitôt que les dix-neuf millions d’Italiens verront l’Autriche, qui est leur Croquemitaine, engagée dans quelque guerre de longue durée ; alors les deux partis tourneront les yeux vers le roi de France.

Rome est un État despotique ; mais les emplois sont à vie, et l’on ne destitue personne. Sous Léon XII, le carbonarisme et M. de Metternich ont tout changé. La terreur règne à Ravenne et à Forli. Les hommes les plus distingués sont en prison ou en fuite. Florence est l’oasis où tous les pauvres persécutés d’Italie cherchent un asile. Ceux qui manquent tout à fait ’argent vont vivre en Corse.

Il y a deux façons de voir Rome : on peut observer tout ce qu’il y a de curieux dans un quartier, et puis passer à un autre ;

Ou bien courir chaque matin après le genre de beauté auquel on se trouve sensible en se levant. C’est ce dernier parti que nous prendrons. Comme de vrais philosophes, chaque jour nous ferons ce qui nous semblera le plus agréable ce jour-là ; quam minimum credula postero.

Rome, 3 août 1827. — C’est pour la sixième fois que j’entre dans la ville éternelle, et pourtant mon cœur est profondément agité. C’est un usage immémorial parmi les gens affectés d’être ému en arrivant à Rome, et j’ai presque honte de ce que je viens d’écrire.

9 août. — Notre projet étant de passer ici plusieurs mois, nous avons perdu quelques jours à courir, comme des enfants, à tout ce qui nous semblait curieux. Ma première visite, en arrivant, fut pour le Colysée, mes amis allèrent à Saint-Pierre ; le lendemain nous parcourûmes le Musée et les stanze (ou chambres) de Raphaël au Vatican. Effrayés du nombre de