Page:Stendhal - Promenades dans Rome, I, Lévy, 1853.djvu/42

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sent la curiosité de voir ce jour-là. Tout le talent du cicerone consiste à conduire les voyageurs dont il s’est chargé aux monuments qui, dans nn instant donné, doivent leur faire le plus déplaisir. Si, par exemple, il commençait parles fresques de Michel-Ange, à la chapelle Sixtine, il n’en faudrait pas davantage, si les voyageurs sont Français, pour les dégoûter à jamais de la peinture.

Je ne fatiguerai pas le lecteur, qui a déjà tant de choses à voir, en le forçant à lire les noms d’une foule d’artistes médiocres. Je ne nommerai que ce qui s’est élevé au-dessus de la qualité d’ouvrier. Les curieux qui voudront connaître les noms des auteurs de tant de statues maniérées et de tableaux ridicules qui garnissent les églises de Rome, les trouveront dans l’Itinéraire de Fea ou dans celui de Vasi. Ces messieurs avaient un but différent du mien ; d’ailleurs, ils craignaient de déplaire.

Je ne nommerai pas non plus les objets d’art par trop insignifiants ; on les verrait avec plaisir à Turin, à Naples, à Venise, à Milan ; mais, dans une ville riche de toutes les ruines de l’antiquité et de tant de monuments élevés par les papes, leur nom est un poids inutile pour l’attention, qu’il est facile de mieux employer.

Bandello, que Henri II fit évêque d’Agen (i550), est un excellent romancier, qui, je ne sais pourquoi, ne jouit pas de la réputation dont il est digne ; il a laissé neuf volumes de nouvelles charmantes, peut-être un peu trop gaies, où l’on voit, comme dans un miroir, les mœurs du quinzième siècle. Bandello se trouvait à Rome en 1504[1]. Il n’invente rien, ses

  1. Voir le comte Mazzucheli : ce savant de Brescia avait un esprit judicieux et un peu lourd, et d’ailleurs ne voulait pas se brouiller avec la justiee. Le comte Mazzuchelli a laissé d’excellentes notices sur la plu-