Page:Stendhal - Promenades dans Rome, I, Lévy, 1853.djvu/49

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PKOMëMÂDËS dans ROME. 45

J’ai eu le bonheur de recevoir cinq ou six invitations pour voir des tableaux précieux que Ton ne montre pas. Je me figure que ces chefs-d*œuvre ont été acquis autrefois d’une manière peu correcte ; ou plutôt le propriétaire ne veut pas recevoir, dans sa chambre à coucher, vingt étrangers chaque semaine. Un Italie^ qui aime un tableau raccroche en face de son lit pour le voir en s*éveillant, et son salon reste sans ornement. On veut ici des plaisirs réels, et le paraître n’est rien *.

J’oubliais que ce soir j’ai été obligé de m’éloigner d’un groupe de jeunes femmes pour écouter un homme grave qui m’a fait toute Thistoire de Mojiinos, lequel, avant d’aller en’prison, fut sur le point d’être cardinal. L’histoire de Molinos est en<2pre de mise à Rome ; c’est comme à Paris le ministère de M. de Serres. Vous savez sans doute que Molinos était un Espagnol qui proposait aux dames d’aimer Dieu comme un amant bon enfant. Ce système fut transporté en France par l’aimable madame Guyon, l’amie de Fénelon. Si Madelefne et Marthe, les amies de Jésus-Christ, eussent vécu du temps de Louis XIV, elles eussent été envoyées à la Rastille. Rayle a fait un excellent article sur mademoiseUe Bourignon. Par les soins de MoUaos, plusieurs dames romaines aimaient Dieu comme mademoiselle Bourignon. Cet amour est admirablement peint dans les lettres de sainte Thérèse ; on y trouve une sensibilité passionnée et pas d’affectation : c’est le contraire d’un poème moderne.

Grottà-Ferrata, 21 août. — Hier soir on nous a fait peur de la fièvre. Au mois d’août, nous a-^t-on dit, il faut habiter les délicieux coteaux d’Albano» qui s’élèvent, comme une tle vol-’ Voir le Baron de Faneête^ curieux roman d’Àgrippa d’Aubigné.