Page:Stendhal - Promenades dans Rome, I, Lévy, 1853.djvu/57

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PROMENADES DANS UO^E. 51

dorée (comme si elle passait à travers im image au eouclier du soleil) par laquelle ce peintre éclaire ses ouvrages, et qui en tait le ion général.

Le ton général du Guide est argentin ; celui de Simon de Pesaro, cendré, etc., etc. On remarque dans la Vierge au donataire, de Raphaël, une faute de dessin épouvantable dans le bras de la figure de saint Jean, maigre à faire peur. — Si je ne craignais de choquer les gens moraux, j’avouerais que j’ai toujours pensé, sans le dire, qu’une femme appartient réellement à rhomme qui l’aime le mieux. J’étendrais volontiers ce blasphème aux tableaux. A Paris, nous eu étions si peu amoureux, que nous parlions de notre amour d’une façon presque ofticielle, comme un mari.

Cinq heures ont sonné, mes amis sont allés dîner chez un ambassadeur ; je suis descendu seul dans Saint-Pierre. Il y a justement un grand banc de bois à dossier vis-à-vis le tombeau des Stuarls (par Ganova), où se trouvent ces deux anges si jolis. De là j’ai vu venir la nuit dans ce temple auguste. A la chute du jour sa physionomie change de quart d’heure en quart d’heure. Peu à peu tous les fidèles sont sortis ; j’ai entendu les derniers bruits, et ensuite les pas retentissants des port^-clefs fermant successivement toutes les portes avec un tapage qui faisait tressaillir. Enfin l’un d’eux est venu, m’avertir qu’il n’y avait plus que moi dans l’église. J’étais sur le point de céder à la tentation de m’y cacher et d’y passer la nuit ; si j’avais eu un morceau dé pain et un manteau, je n’y aurais pas manqué. J’ai donné deux pauls au porte-clef, ce qui m’assure une immense considération pour l’avenir.

Voilà une journée telle qu’aucun autre pays de la terre ne peut la fournir. J’ai fait, à l’Armellino, dans le Cours, un dîner magnifique qui m’a coûté trois francs (cinquante-six baioques). M. Mercadante était assis vis-à-vis de moi ; tout le monde