Page:Stendhal - Promenades dans Rome, II, Lévy, 1853.djvu/224

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218 ŒUVRES DE STENDHAL.

DU BRIGANDAGE.

Voici l’origine du brigandage. Vers 1550, les habilanls des États du pape se souvenaient encore des républiques italiennes, des mœurs qu’elles avaieQjt établies, et enfin de Tusage où chacun était de défendre ses droits par tous les moyens. (Il n’y avait que vingt ans que Charles-Quint avait détruit toute liberté. 4530.) Les mécontenls se réfugiaient dans les bois : pour vivre, il fallait voler ; ils occupèrent toute la ligne de montagnes qvi s’étend d’Ancône à Terracine. Ils se glorifiaient de combattre le gouvernement méprisé qui pesait sur les citoyens. Ils regardaient leur métier comme le plus honorable de tous, et ce qu’il y a de singulier et de bien caractéristique, c’est que ce peuple, rempli de finesse et d*élan, qu’ils rançonnaient, applaudissait à leur valeur. Le jeune paysan qui se faisait brigand était bien plus estimé des jeunes filles du village que Fhomme qui se vendait au pape pour être soldat.

Celte opinion publique à Tégainl des brigands, qui scandalise si fort les pauvres Anglais malades et méthodistes, tels qu’Euslace, etc., a été créée par Tabsurde administration des papes qui ont régné depuis le concile de Trente. En 1600, les brigands formaient la seule opposition. Leur vie aventureuse plaisait à l’imagination italienne. Le fils de famille endetté, le gentilhomme dérangé dans ses affaires, se faisaient un honneur de prendre parti avec les brigands qui parcouraient les campagnes. Dans Fabsenced^ toute ’ vertu, lorsque des fripons sans mérite se partageaient tous les avantages de la société, eux du moins ils faisaient preuve de courage.

La ligne d’opérations des brigands s’étendait ordinairement de Ravenne à Naples, et passait par les hautes montagnes