Page:Stendhal - Promenades dans Rome, II, Lévy, 1853.djvu/298

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292 ŒUVKES DE STENDilAL.

ne pui»-je les uommer ! Les étrangers qui liront ce voyage sauraient dans quelles maisons on peut se faire présenter avec Tespoir de rencontrer la réunion la plus parfaite du plus rare bon sens, de Tàme de feu qu il faut pour les beau~arts et d’un esprit étonnant. En 1828, je rencontrais ces messieurs chez une dame française, faite pour comprendre ce que le génie a de plus élevé ; en rain se logeait-elle dans les quartiers les plus reculés de Rome, nous faisions chaque soir une lieue dans des rues solitaires ; où ne fût-on pas allé dans Tespoir de rencontrer Tesprit le plus vif et le plus imprévu, une franchise parfaite et la plus aimable gaieté ?

Cette gaieté n’est pas précisément ce que nous trouvions ce soir au concert de lady N. ; mais enfin, dans notre petit coin tout italien, nous n’étions point tristes, le cant (hypocrisie de mœurs et de décence) n’avait pu pénétrer jusqu’à nous ^ Don F. 6. nous disait donc r Un prince romain, riche, jeune et galant, s’il est amoureux de la femme d’un menuisier ou d’une femme du secondo ceto, de la femme d’un marchand drapier, par exemple, a peur du nmri.

Ce mari, s’il prend de l’humeur, donnera fort bien au prince un coup de poignard mortel.

. Voilà pourquoi Rome l’emporte sur toute l’Italie. Dans les autres villes, un prince jeune, prodigue, amoureux de ses plaisirs, payera le menuisier dont la femme lui plaît, accordera une protection fort utile au marchand de drap, et tout ^ Lord Byron, parlant de la société anglaise de 1822, s’écrie : « The cant which is the crying sin of this doublcdealing and false-speaking tjme of selfish spoilers. » Préface aux derniers chants de Don Jttan. Cette ridicule hypocrisie de mœurs rend révoltants, en 1829, beaucoup d’écrits graves qui, sans le cant^ n’eussent été que plats. On est d’un parti, on veut plaire à beaucoup de gens enrichis et incapables de raisonner juste sur des choses fines, lesquels font h force de ce parti.