Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/100

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
58
ROMANS ET NOUVELLES


la figure d’un homme encore jeune qui a une tête ronde et des cheveux extrêmement noirs. C'est un être fort vain, un beau diseur, s'écoutant parler et qui a l’air de dire aux malheureux qui essuient ses phrases vides : « Que vous êtes heureux, mon cher, d’être en rapport avec un homme de ma sorte. » Ce Monsieur n'est rien moins que le baron Faneau, ancien chargé d’affaires ou ambassadeur auprès d’une petite cour d’Allemagne. Il a trois millions, mais il est au désespoir de ne plus avoir sa place. Il a été trop faux, assure-t-on, même pour un diplomate. On l’a remercié comme gâtant le métier. Maintenant il se jette dans l’industrie et achète des actions dans toutes les entreprises. Il nous donne des nouvelles et sait tout ce qui se passe et se dit dans les ministères.

J’oubliais M. Pomar, c'est le plus riche propriétaire de la Bourgogne, il paie cinquante-quatre mille francs d’imposition. Tous les dimanches il va à la messe avec sa mère, il lui emprunte deux sous pour payer sa chaise à l’église et je suis sûr qu’il ne les lui rend jamais. Celui-là, à franchement parler, c'est un vilain homme et qui porte son caractère sur sa figure. Nous faisons beaucoup d’affaires ensemble. Je lui disais un jour, il y a