Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/117

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LE ROSE ET LE VERT


aux Français et leur fit espérer une loge pour les représentations qui restaient de la saison des Bouffes.

Le baron de Vintimille avait présenté M. de Miossince aux dames Wanghen comme un ecclésiastique homme du monde, aimable et d’un commerce parfaitement sûr, c'était comme on le pense bien M. de Miossince lui-même qui avait dicté les paroles de cette présentation.

Comme il sortait de chez ces dames, entra chez elles un homme bien moins recommandé, mais bien autrement honnête : c'était un simple maître de littérature, le vénérable M. Hiéky. Il eût été difficile d’avoir plus d’esprit et de résignation à son sort modeste que ce petit homme à la mine chétive et qui par choix faisait le métier de courir le cachet. On lui donnait dix francs par heure, et il lisait avec Mina les Caractères de La Bruyère. Il savait un peu d’allemand et s'assura à diverses reprises si Mina comprenait la malice souvent cachée des phrases du fameux prosateur français. À son grand étonnement il s'assura que Mina comprenait ce qu’elle lisait. « Génie étrange, se dit à lui-même le vieux maître de littérature, elle se lève doucement pour aller observer deux moineaux qui viennent manger sur le balcon les miettes de pain