Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/119

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
77
LE ROSE ET LE VERT

— Mais dites-nous, Monsieur, parce que tel salon renferme ce qu’il y a au monde de plus grossier, de plus vulgaire, de plus dégoûtant, [si] ce n'est pas une probabilité pour trouver pareille population dans le salon voisin ?

— Mais, mademoiselle, ou vous avez joué de malheur, ou bien vous n'avez pas daigné donner toute votre attention : ces gens vulgaires, grossiers, etc., etc., étaient remarquables par quelque supériorité.

— Bravo, monsieur le professeur, s'écria Madame Wanghen, vous battez ma fille.

— Maman a raison, monsieur, dit Mina. Ces gens avaient la supériorité de la richesse.

— Hé, mademoiselle, ce sont ceux-là qui me font vivre et qui m'impatientent. Sans cette classe mes leçons seraient encore à trois francs comme du temps de l’empire. Paris fourmille de gens riches qui à toute force veulent comprendre La Bruyère et aux premières représentations de M. Scribe, mais ils ne peuvent pas. Leur attention à vingt ans était ailleurs, et l’homme n'est jamais pendant toute sa vie que le développement de ce qu’il était à vingt ans. Je vais m'exposer à un ridicule, le plus plat de tous, celui du