Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/137

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LE ROSE ET LE VERT


à genoux devant un caprice ministériel ou d’un ministre qui deux heures par jour se donne la peine de songer sérieusement à l’amélioration de la chose qui donne le nom à son ministère, au lieu de penser uniquement à conserver son portefeuille et à plaire à la cour sans déplaire à la Chambre, que gagnerais-je même en étant ce préfet honorable qui cherche le bien et ne tremble ni devant son évêque ni devant la peur d’être dénoncé pour un gain de cent louis, — ce ministre d’un mérite si original ? De la gloire ? j’aurais de la considération ? À peine. Qui parlera de moi deux ans après ma mort, et même de mon vivant qui sera sûr de mon mérite ? Qui diable se donne la peine de rechercher si réellement en 1834 tel préfet qui persécutait les pauvres Polonais voulait étouffer le mauvais exemple de la révolte ou faire la cour au ministre intimidant et conserver sa place ? »

Dans ce moment le duc eût désiré avoir une barrière difficile à sauter. Au milieu de la conversation sur les dernières courses de Chantilly, le pauvre jeune homme était combattu par ce grand mot qu’il sentait vivement : noblesse oblige, et l’exposé de ses idées.

Il n'avait aucun ami, aucun confident. Une fois ou deux il avait essayé d’effleurer