Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/145

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LE ROSE ET LE VERT


duchesse, mais abandonner les affaires et le monde de son vivant ce serait lui donner le coup de la mort. Ce que je vous dis [n'est] nullement pour vous donner un conseil, Monsieur le duc. Dans ce cas j’irais passer six mois de l’année à Cossey [1] avec madame la duchesse pour adoucir ce moment terrible.

— Vous êtes parfait, monsieur l’abbé, et c'est ce qui augmente ma mauvaise humeur contre moi-même. Si vous, qui ne devez rien à ma mère, vous faites le sacrifice de vous éloigner six mois de Paris et de la lutte contre l’impiété dans laquelle vous avez le bonheur d’être engagé avec passion, que ne dois-je pas faire, moi, fils aîné de cette femme excellente ? En vérité je me sens au-dessous de tous mes devoirs. Vous savez qu’avant-hier il était encore question d’un mariage. Croiriez-vous, monsieur, qu’il y a des jours où je serais tenté de passer le majorat et le titre à mon second frère et de me faire appeler tout simplement M. Malin-La-Rivoire, lieutenant d’artillerie. Je serais confondu dans la foule et ma mère porterait ses projets d’établissement sur mon frère.

— Deux erreurs capitales et dans la bouche d’un mathématicien encore ! Ô

  1. C’était la terre du duc.