Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/207

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Un chant doux se fit entendre dans le lointain ; la voix partait apparemment de l’autre côté du lac. Ses sons mourants arrivaient à peine jusqu’à l’oreille de Mina, qui écoutait attentivement. Ses idées changèrent de cours, elle s’attendrit sur son sort. « Qu’importent mes efforts ? Je ne pourrai tout au plus que m’assurer que cette âme céleste et pure que j’avais rêvée existe en effet dans ce monde ! Elle restera invisible pour moi. Est-ce que jamais j’ai parlé devant ma femme de chambre ? Ce déguisement malheureux n’aura pour effet que de m’exposer à la société des domestiques d’Alfred. Jamais il ne daignera me parler. » Elle pleura beaucoup. « Je le verrai du moins tous les jours, » dit-elle tout à coup en reprenant courage… « un plus grand bonheur n’était pas fait pour moi… Ma pauvre mère avait bien raison : « Que de folies tu feras un jour, me disait-elle, si jamais tu viens à aimer [1] !»

La voix qui chantait sur le lac se fit entendre de nouveau, mais de beaucoup plus près. Mina comprit alors qu’elle partait d’une barque que Mina aperçut par le mouvement qu’elle communiquait aux ondes argentées par la lune. Elle distingua une douce mélodie digne de Mozart. Au

  1. Il vaut mieux faire parler, cela anime le conte.