Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/210

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bien au-dessous d’elle : toutes les objections qu’elle se faisait ne venaient que du danger d’inspirer des soupçons à madame de Larçay. Il y avait à peine six semaines qu’elle avait passé toute une journée avec elle et dans un rôle bien différent.

Chaque jour, Mina se levait de grand matin afin de pouvoir pendant deux heures se livrer aux soins de s’enlaidir. Ces cheveux blonds si beaux, et qu’on lui avait dit si souvent qu’il était si difficile d’oublier, quelques coups de ciseaux en avaient fait justice ; grâce à une préparation chimique, ils avaient pris une couleur désagréable et mélangée, tirant sur le châtain foncé. Une légère décoction de feuilles de houx, appliquée chaque matin sur ses mains délicates, leur donnait l’apparence d’une peau rude. Chaque matin aussi, ce teint si frais prenait quelques-unes des teintes désagréablesque rapportent des colonies les blancs dont le sang a eu quelque rapport avec la race nègre. Contente de son déguisement qui la rendait plutôt trop laide, Mina songea à ne pas avoir d’idées d’un ordre trop remarquable. Absorbée dans son bonheur, elle n’avait nulle envie de parler. Placée auprès d’une fenêtre dans la chambre de madame de Larçay, et occupée à arranger des robespour le soir, vingt fois par jour elle entendait parler Al-