Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/216

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à l’ennui que lui donnaient les grandes dames de la Redoute qu’il était plus amoureux qu’il ne l’avait cru. Cependant il tenait bon. À la vérité ses yeux s’arrêtaient avec plaisir sur Mina, il lui parlait, mais ne rentrait point chez lui le soir. Mina fut malheureuse ; presquesans s’en douter, elle cessa de faire avec autant de soin tous les jours la toilette destinée à l’enlaidir. « Est-ce un songe,se disait Alfred ? Aniken devient une des plus belles personnes que j’aie jamais vues. » Un soir qu’il était revenu chez lui par hasard, il fut entraîné par son amour, et demanda pardon à Aniken de l’avoir traitée avec légèreté.

— Je voyais, lui dit-il, que vous m’inspiriez un intérêt que je n’ai jamais éprouvé pour personne ; j’ai eu peur, j’ai voulu me guérir ou me brouiller avec vous, et depuis je suis le plus malheureux des hommes.

— Ah ! que vous me faites de bien, Alfred ! s’écria Mina au comble du bonheur.

Ils passèrent cette soirée et les suivantes à s’avouer qu’ils s’aimaient à la folie et à se promettre d’être toujours sages.

Le caractère sage d’Alfred n’était guère susceptible d’illusions. Il savait que les amoureux découvrent de singulières perfections chez la personne qu’ils aiment. Les trésors d’esprit et de délicatesse qu’il