Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/237

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lui dit-elle en prenant sa main qu’elle couvrit de baisers et l’empêchant de lui sauter au cou. Songez à ménager votre vie, car je ne vous survivrai pas d’une heure.

— Ah ! vous savez tout ! reprit Alfred, et il se fit violence pour ne pas continuer.

Le lendemain de son retour à Aix, une seconde lettre anonyme apprit à M. de Larçay que, pendant sa dernière course dans les montagnes (c’était le temps qu’il avait employé à aller à Chambéry), sa femme avait reçu chez elle M. de Ruppert. L’avis anonyme finissait ainsi : « Ce soir, vers le minuit, on doit recevoir M. de R. Je sens trop que je ne puis vous inspirer aucune confiance ; ainsi n’agissez point à la légère. Ne vous fâchez, si vous devez vous fâcher, qu’après avoir vu. Si je me trompe et si je vous trompe, vous en serez quitte pour une nuit passée dans quelque cachette auprès de la chambre de madame de Larçay..

Alfred fut fort troublé par cette lettre. Un instant après, il reçut un mot d’Aniken. « Nous arrivons à Aix ; madame Cramer vient de se retirer dans sa chambre. Je suis libre ; venez. »

M. de Larçay pensa qu’avant de se mettre en embuscade dans le jardin de la maison, il avait le temps de passer dix minutes