Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/247

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— Eh bien ! voyons, répondit Mina, que voulez-vous que je sois ? Une actrice qui a gagné un gros lot à la loterie, et qui a voulu passer quelques années de jeunesse dans un monde de féerie, ou peut-être une demoiselle entretenue qui, après la mort de son amant, a voulu changer de caractère ?

— Vous seriez cela, et pire encore, que si demain j’apprenais la mort de madame de Larçay, après-demain je vous demanderais en mariage. »

Mina lui sauta au cou. « Je suis Mina de Vanghel, que vous avez vue chez madame de Cély. Comment ne m’avez-vous pas reconnue ? Ah ! c’est que l’amour est aveugle, ajouta-t-elle en riant. »

Quelque bonheur que goûtât Alfred à pouvoir estimer Mina, celui de Mina fut plus intime encore. Il manquait à son bonheur de pouvoir ne rien cacher à son ami. Dès qu’on aime, celui qui trompe est malheureux.

Cependant mademoiselle de Vanghel eût bienfait de ne pas dire son nom à M.de Larçay. Au bout de quelques mois, Mina remarqua un fond de mélancolie chez Alfred. Ils étaient venus passer l’hiver à Naples avec un passe-port qui les nommait mari et femme. Mina ne lui déguisait aucune de ses pensées ; le génie de Mina fai-