Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/266

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consacré par S. S. le pape Pie V, votre âme s’en trouvera bien ; cependant, mortifiez-vous le corps. » Je le lui promis, et tins parole. Heureusement, ma réclusion touchait à son terme. Le jour qui précéda celui de ma délivrance, je reçus le sacrement et pendant toute la cérémonie, je ne cessai de fondre en larmes. Le lendemain, mon oncle arriva, et dissimulant la surprise que lui causait la maigreur de mon visage : « Les exercices religieux, me dit-il, vous ont bien servi ; vous n’êtes plus en état de péché mortel, et votre physionomie en a acquis plus de douceur et de délicatesse.» Nous quittâmes le couvent et il me conduisit en voiture au collège, où je fis, à genoux, des excuses publiques à mon professeur, qui prit cette occasion pour rappeler aux élèves les égards dûs à sa dignité et à son caractère. Après quelques formalités du même genre, mon oncle me ramena chez lui, et sa femme s’écria en me voyant : « Qu’at-il donc fait pour maigrir ainsi ?» Le mari lui répondit : « Il a fait pénitence de ses fautes. » Mon tuteur aurait bien voulu me renvoyer à l’école, mais je tins bon, et à mon refus, il se détermina à m’envoyer chez l’avocat Burner, chargé d’expédier les brefs du pape pour l’Espagne. Cet homme était, depuis deux ans, retenu