Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/295

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


mit au commissaire de police deux mille écus pour prix de sa liberté, ajoutant qu’il avait des sommes considérables placées en lieu de sûreté. Après une longue conversation, ils se séparèrent.

De retour à Rome, Rotoli fit part à ses chefs du succès de sa négociation, et le soir, fidèle au rendez-vous, il arriva avec ses gendarmes. Spatolino ne tarda pas à paraître ; il appela Rotoli : « Entrons, lui dit-il, nos gens sont à souper. » Puis il ajouta : « N’oubliez pas que je compte sur votre parole ; j’avoue cependant que j’ai peine à croire que le gouvernement français soit disposé à me faire grâce. — Ne craignez rien, je suis votre garant. » Ainsi causaient le commissaire et sa dupe, bras dessus, bras dessous, et suivis des gendarmes qui marchaient en silence. Arrivés auprès de la maison, Spatolino donna un coup de sifflet, et la porte s’ouvrit aussitôt. Spatolino entra le premier ; et les brigands croyant qu’il leur amenait de nouveaux camarades, gardèrent tranquillement leurs places ; les gendarmes, à la faveur de cette méprise, s’étant posés convenablement, firent main-basse sur tous les convives. Quatre d’entre eux se jetèrent sur Spatolino qu’ils désarmèrent, et enchaînèrent aussi bien que les autres. « Je suis trahi, s’écria-t-il. — Non,