Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/303

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frances auraient doublé les vertus du pape, et qu’il reviendrait avec toute la tendresse d’un père ouvrir ses bras à ses enfants chéris. Bonnes gens qu’ils étaient ! Ils s’imaginaient que le Saint-Père allait diminuer les impôts et mettre fin à toutes les violences, et ils portaient si loin leurs espérances chimériques qu’ils se figuraient que le clergé même aurait modifié ses principes. Ils oubliaient les bienfaits de la France et regardaient ses agents avec mépris. Souvent nous entendions dire derrière nous : « Leur temps est passé, nous allons voir quel compte ils rendront de leur conduite. » Tous nos amis se tournaient contre nous et nous ne pouvions nous montrer en public sans éprouver quelque mauvais traitement. C’était une manière de faire voir son dévouement à la cause du pape, dont le succès paraissait de jour en jour plus prochain.

Les troupes napolitaines vinrent à Foligno et firent une réquisition de quelques centaines de chevaux pour conduire leurs bagages. Le major de cette division, pour se mettre dans les bonnes grâces du parti pontifical, me fit demander le mien ; je répondis qu’il fallait s’adresser à d’autres, et qu’étant à la disposition du gouvernement qui pouvait chaque jour m’ordonner de partir, j’avais besoin de mon