Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/325

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faim, lui répondis-je ; il y a trois heures que je bats le pavé de Valence. — Je vais faire lever ma servante, et tu auras bientôt un bon souper. » Et il m’embrassait, ne pouvant se lasser de me regarder et de me questionner. J’allai avec lui à la cave, d’où il rapporta d’excellent vin pris sous une couche de sable. Commenous buvions, en attendant le souper, arriva une grande belle fille de dix-huit ans. « Ah ! tu t’es levée ! dit Bonnard ; tant mieux. Mon ami, c’est ma sœur ; là, il faut que tu l’épouses ; tu es gentil garçon, je la dote de six cents francs. — Mais je suis marié, lui dis-je. — Marié ! Je n’en crois rien, répondit-il ; et d’abord, où est ta femme ? — Elle est à Zara, où elle fait le commerce. — Laisse-la au diable avec sa marchandise ; fixe-toi en France, tu épouseras ma sœur, la plus jolie fille du pays. »

Catherine était réellement bien jolie ; elle me regardait avec de grands yeux. « Monsieur est officier ? me dit-elle enfin, trompée par une belle pelisse achetée à la revue de Dijon. — Non, mademoiselle, je suis vivandier du quartier général, et j’ai à moi deux cents louis ; je vous certifie qu’il n’y a pas beaucoup de nos officiers qui puissent en dire autant. » J’avais plus de six cents louis, mais il faut être prudent.