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LE ROSE ET LE VERT


charmante en Allemagne et en Italie dont nous ne nous doutons pas. Donc le baron entra ; c'était un assez bel homme de cinquante à cinquante-cinq ans, il avait une taille élégante, de grands traits et pas du tout la physionomie basse et inquiète d’un homme qui compte des écus. Il était fort bien mis, sans recherche. Cependant, après quelques minutes, Madame Wanghen trouva qu’il avait quelque chose d’inquiet et même dè fou dans les yeux. Il parlait beaucoup et bien. Mina l’accablait de questions, il y répondait avec plaisir.

Madame Wanghen lui demandait trois ou quatre domestiques de bonne tenue, point bruyants et auxquels on pût se fier, il se chargeait de les trouver.

Voici quel était ce banquier dont l’obligeance vous surprend sans doute. d’abord, il était allemand ; autrefois il était protestant de religion et se nommait Isaac Wentig, maintenant il se faisait appeler le baron de Vintimille et il en avait bien le droit. Le roi de***, dont il venait de faciliter le dernier emprunt, lui avait fait remettre par son ambassadeur à Paris un brevet signé, contresigné, scellé, parfaitement en règle et où l’on n'avait laissé en blanc que le titre octroyé par Sa Majesté à l’heureux banquier. Un savant qui dînait chez M. Isaac Wentig lui dit que