Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, II, 1928, éd. Martineau.djvu/205

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
193
FÉDER


tine se moquait sciemment de son mari, ou du moins employait pour le persuader des tournures de phrases qu’elle trouvait ridicules. C’est qu’elle désirait passionnément avoir une loge ; elle comptait y attirer plusieurs Bordelais de ses amis, que l’amour de la danse conduisait chaque jour à l’Opéra, et, la discrétion n’étant pas la vertu dominante de ces messieurs nés en Gascogne, elle espérait avoir quelques détails précis sur les succès de Féder.

— Enfin, lui dit son mari en lui prenant le bras avec amitié ; vous comprenez quel doit être le genre de vie d’un homme tel que moi ; puisque nous avons de la fortune, pourquoi le vice-président du tribunal de commerce ne serait-il pas député ? Portal, Lainé, Ravez, Martignac, etc., etc., ont-ils autrement commencé ? Vous avez pu remarquer que, dans les dîners que nous donnons, je m’exerce à prendre la parole. Au fond, je suis pour le gouvernement absolu ; c’est le seul qui donne ces belles périodes de tranquillité pendant lesquelles nous avons le temps, nous autres gens positifs, d’amasser des fortunes ; mais, comme il faut être nommé, je leur lâche quelquefois des tartines sur la liberté de la presse, sur la réforme électorale, et autres balivernes… N…, le pair de France, m’a donné un jeune avocat sans cause,