Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, II, 1928, éd. Martineau.djvu/232

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
220
ROMANS ET NOUVELLES


plaisaient par leurs défauts. Ce n’était pas d’émotions, mais d’instruction positive qu’elle avait besoin.

La grosse joie de Boissaux, l’excellence de son cuisinier, le soin qu’il prenait d’avoir toujours les primeurs, la beauté frappante de sa femme, firent qu’on prit l’habitude de venir dîner à Viroflay en sortant de la Bourse. L’attrait secret et tout-puissant de cette maison, pour les gens à argent, qui y affluaient, c’est que rien n’y était fait pour alarmer les amours-propres. Boissaux, et surtout Delangle, pouvaient compter parmi les plus habiles dans l’art d’acheter un objet quelconque là où il est à bon marché, et de le transporter rapidement là où il est plus cher. Mais, à l’exception de ce grand art de gagner de l’argent, l’ignorance de Boissaux était telle, qu’aucun amour-propre ne pouvait en souffrir.

Quant à Valentine, elle se gardait bien de parler en public des choses charmantes qu’elle trouvait tous les jours dans les livres ; elle eût craint de les voir tourner en ridicule par ces êtres dont elle commençait à comprendre la grossièreté. L’étude approfondie qu’elle avait faite autrefois de la Philothée et de l’Imitation eut cet effet qu’elle comprit et lut avec délices certaines parties de la Princesse