Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/145

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à plaisir. Un mari, un roi donne successivement à l’amant de sa femme :

1° Le commandement suprême de toutes les forces de terre et de mer ;

2° La nomination à presque tous les emplois de l’État ;

3° Le droit de faire par lui-même la paix et la guerre[1].

Si ce favori avait été un Richelieu, un Pombal, un Ximenès, un scélérat habile, on concevrait les Espagnols ; mais il se trouva que c’était le plus stupide coquin de l’Europe. Ce peuple, qu’on prétend si fier, se voyait gouverné despotiquement par l’objet de ses mépris. Mais, mettons à part toute fierté ; que de malheurs généraux et particuliers ne devait pas amener un gouvernement aussi infâme ! Notre aristocratie de France, avant 1789, devait être une république en comparaison de l’Espagne. Et cependant l’Espagne refusa une constitution libérale, et, ce qui est bien plus encore, une constitution garantie par le voisinage du souverain légitime et détrôné !

Il faut déjà être parvenu bien avant dans la vie et avoir pour les hommes presque autant de mépris qu’ils en méritent pour concevoir une telle conduite.

  1. Conversation publiée par Escoïquiz.