Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/151

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ils ont été modérés et raisonnables. Cela a suffi pour avancer rapidement, dans ces pays, le bonheur et la justice et pour commencer à y mettre le travail en honneur. Remarquez que la sensation pénible, qu’un individu éprouve à rompre des habitudes vicieuses, est également ressentie par un peuple. La liberté demande qu’on s’en occupe durant les premières années. Cette gêne masque, aux yeux des sots, le bonheur qui doit résulter des nouvelles institutions.

Ainsi pour l’Espagne, Napoléon était meilleur que Washington ; ce qui lui manquait en libéralité, il l’avait en énergie. Il y a un fait qui est palpable, même à l’égard des gens pour qui les choses morales sont invisibles : la population de l’Espagne qui n’était que de huit millions quand Philippe II y entra, a été portée à douze par le peu de bon sens français que les rois de cette nation y ont introduit. Or l’Espagne plus grande que la France devrait être plus fertile à cause de son soleil ; elle a presque tous les avantages d’une île. Quelle est donc la puissance secrète qui empêche la naissance de quatorze millions d’hommes ? On répondra : « C’est le manque de culture des terres. » Je répliquerai à mon tour : « Quel est le venin caché qui empêche la culture des terres ? »