Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/228

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Dans ces moments, j’ai vu souvent les soldats pleurer de tendresse pour le grand homme. Au moment même d’une victoire, le grand vainqueur envoyait des listes de trente ou quarante personnes pour des croix ou des grades, listes qui ordinairement étaient signées en original et qui par conséquent existent encore, souvent écrites au crayon sur le champ de bataille, dans les archives de l’État, et qui seront un jour, après la mort de Napoléon, un monument touchant pour l’histoire. Rarement, quand le général n’avait pas l’esprit de faire une liste, l’empereur employait la mauvaise forme de dire : « J’accorde deux croix d’officier et dix de légionnaire à tel régiment. » Cette forme ne va pas avec la gloire.

Quand il visitait les hôpitaux, des officiers amputés et expirants, leur croix rouge piquée avec une épingle à leur bois de lit, se hasardaient de lui demander la couronne de fer, et il ne l’accordait pas toujours. C’était le comble de la distinction.

Le culte de la gloire, l’imprévu, un entier enthousiasme de gloire qui faisait qu’un quart d’heure après l’on se faisait tuer avec plaisir, tout éloignait l’intrigue.