Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/236

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Peut-être l’histoire le blâmera-t-elle d’avoir fait la paix à Tilsitt ; s’il pouvait faire autrement, ce fut une grande faute. Non seulement l’armée russe était affaiblie et épuisée, mais Alexandre avait vu ce qui manquait à son organisation.

« J’ai gagné du temps », dit-il après Tilsitt, et jamais délai n’a été mieux mis à profit. En cinq ans, l’armée russe déjà si brave, fut organisée presque aussi bien que la française, et avec cet immense avantage qu’un soldat français coûte autant à sa patrie que quatre soldats russes.

Toute la noblesse russe est engagée, de près ou de loin, dans l’intérêt commercial qu’exige la paix avec l’Angleterre. Quand son souverain la contrarie, elle le fait disparaître. La guerre avec la France était donc également indispensable du côté de la Russie.

La guerre étant indispensable, Napoléon eut-il raison de la faire en 1812 ? Il craignait que la Russie ne fît la paix avec la Turquie, que l’influence de l’Angleterre à Saint-Pétersbourg n’augmentât, et qu’enfin ses revers en Espagne, qu’il ne pouvait plus tenir cachés, n’encourageassent ses alliés à reconquérir leur indépendance.

Plusieurs des conseillers de Napoléon lui représentèrent qu’il serait prudent d’envoyer quatre-vingt mille hommes de plus