Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/240

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lui permettre à Moscou, puisqu’on ne lui faisait point de distribution. Rien n’est dangereux, avec le caractère français, comme une retraite ; et c’est dans les dangers qu’on a besoin de discipline, c’est-à-dire de force.

Il fallait annoncer à l’armée, par une proclamation détaillée, qu’elle se rendait à Smolensk ; qu’elle avait ainsi quatre-vingt-treize lieues à faire en vingt-cinq jours, que chaque soldat recevrait deux peaux de moutons, un fer à cheval et vingt clous à glace, plus quatre biscuits ; que chaque régiment ne pourrait avoir que six voitures et cent chevaux de bât ; qu’enfin, pendant vingt-cinq jours, toute insubordination serait punie de mort ; tous les colonels et généraux, assistés de deux officiers, recevraient le droit de faire fusiller sur place tout soldat insubordonné ou maraudeur.

Il fallait préparer l’armée au départ par huit jours de bonne nourriture avec distribution d’un peu de vin et de sucre. Les estomacs avaient beaucoup souffert dans la marche de Vitebsk à Moscou car, à force d’imprévoyance, on avait trouvé le secret de manquer de pain en Pologne.

Enfin, toutes ces précautions prises, il fallait regagner Smolensk en évitant le plus possible la route qu’on avait dévastée