Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/338

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troisième. Où l’aurait-il étudié ? Certainement pas à Brienne ; les livres philosophiques ou traduits de l’anglais ne pénétraient pas dans les collèges royaux et il n’a pas eu le temps de lire depuis le collège ; il n’a plus eu le temps d’étudier que les hommes.

Napoléon est donc un tyran du xixe siècle. Qui dit tyran, dit esprit supérieur, et il ne se peut pas qu’un génie supérieur ne respire, même sans s’en douter, le bon sens qui est répandu dans l’air.

Il faut lire la vie de Castruccio Castracani, tyran de Lucques au xive siècle[1], on saisira bien ce point de vue. La ressemblance entre ces deux hommes est frappante. Il était curieux de suivre dans l’âme de Napoléon les combats du génie de la tyrannie contre la raison profonde qui en avait fait un grand homme. Il fallait voir son inclination naturelle pour les nobles combattue par les bouffées de mépris qui lui montaient aux yeux dès qu’il les voyait de trop près. On sentait bien à tout ce qu’il faisait contre eux que c’était la colère d’un père. Aux bonnes gens qui auraient des doutes, nous leur ferions remarquer sa colère contre ce qui était vraiment libéral. Cette haine serait allée

  1. Dans Machiavel et mieux encore dans les auteurs originaux, abrégés par Pignotti.