Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/340

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Ce sont ces deux hommes qui l’ont perdu plus que Waterloo. Qu’on ne dise pas que les conseils lui ont manqué. J’ai vu à Lyon un de ses officiers lui conseiller par écrit d’abolir du même coup la nouvelle noblesse et l’ancienne. C’est Regnault, je crois, qui lui conseilla d’intituler sa nouvelle constitution Acte additionnel. En une matinée, il perdit le cœur de dix millions de Français et des seuls dix millions qui se battent et qui pensent. Dès lors ceux qui l’entouraient virent sa perte inévitable. Comment vaincre onze cent mille soldats qui marchaient sur la France ? Il lui fallait un escamotage politique avec la Maison d’Autriche et à mesure qu’il s’éloignait des gens à talents, les alliés les appelaient dans leurs conseils.

Ses justifications qui partent de Sainte-Hélène veulent bien l’excuser sur l’extrême médiocrité des gens de sa famille. Les talents ne manquent jamais et naissent en foule dès qu’ils sont demandés. D’abord il éloigna Lucien ; il ne tira pas un assez grand parti de Soult, de Lezay Marnezia, de Levoyer d’Argenson, de Thibaudeau, du comte de Lapparent, de Jean de Bry et de mille autres qui se seraient présentés. Qui devinait au temps de l’empereur les talents du comte Decazes ? Le malheur de sa famille est donc une pauvre excuse ;