Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/36

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


des mathématiques, il n’avait fait que peu de progrès dans les sciences. De toutes ses qualités, continuait Melzi, la plus remarquable, c’était l’étonnante facilité de concentrer à volonté son attention sur un sujet quelconque et de l’y tenir fixée plusieurs heures de suite sans relâche et comme attachée jusqu’à ce qu’il eût trouvé le meilleur parti à prendre dans les circonstances. Ses projets étaient vastes, mais gigantesques, conçus avec génie, mais quelquefois impraticables ; ils étaient abandonnés assez fréquemment par humeur, ou rendus impraticables par sa propre impatience. Naturellement emporté, décisif, impétueux, violent, il avait l’étonnant pouvoir de se rendre charmant, et, par des déférences bien ménagées et un enjouement flatteur, de faire la conquête des gens qu’il voulait gagner. Quoique, par habitude, secret et réservé, dans un accès d’emportement, son orgueil découvrait quelquefois les projets qu’il lui importait le plus de tenir cachés. Il est probable que jamais il n’ouvrit son âme par suite de sentiments tendres[1]. » Au reste, le seul être qu’il ait jamais aimé est Joséphine et elle ne le trahit jamais. Je ne crois pas qu’il dût peu de ses idées aux livres. Il

  1. Embarrassé, embrouillé à refondre.