Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/72

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Regnault et les Maret furent aidés par une nation accoutumée à l’esclavage et qui ne se sent à son aise que quand elle est menée.

Donner d’abord au peuple français autant de liberté qu’il en pouvait supporter, et, graduellement, augmenter la liberté à mesure que les factions auraient perdu de leur chaleur et que l’opinion publique serait devenue plus calme et plus éclairée, tel ne fut point l’objet de Napoléon. Il ne considérait pas combien de pouvoir on pouvait confier au peuple sans imprudence, mais cherchait à deviner de combien peu de pouvoir il se contenterait. La constitution qu’il donna à la France était calculée, si tant est qu’elle fût calculée, pour ramener insensiblement ce beau pays à la monarchie absolue, et non pour achever de le façonner à la liberté[1]. Napoléon avait une couronne devant les yeux, et se laissait éblouir par la splendeur de ce hochet suranné. Il aurait pu établir la République[2] ou, au moins, le gouvernement des deux Chambres ; fonder une dynastie de rois était toute son ambition.

  1. Les actions du consul sont autant l’histoire de l’Europe que celle de France.
  2. Cinq directeurs renouvelés par cinquième et nommée par un Sénat conservateur ; deux chambres élues directement par le peuple, la première, parmi les gens payant mille francs d’impôts : la seconde, parmi les gens qui en payaient dix mille, et renouvelées par cinquième. Un tel gouvernement est une recette sûre contre la conquête.