Page:Stevens - Fables, 1857.djvu/41

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


XX.

ÉSOPE ET LE MÉCHANT POÈTE.


Un rimeur enragé qui se croyait poète,
En dépit d’Apollon et surtout du bon sens,
Vint un jour voir Ésope et lui rompit la tête
De trois fois mille vers aussi sots qu’impudents.
Ce pauvre fou tout bourré d’ignorance,
Dans ses vers plats surchargés de jactance
Tantôt se comparait au chantre d’Ilion,
Tantôt à quelque autre génie ;
Il alla même, ce dit-on,
Jusqu’il s’intituler le dieu de l’harmonie !
— « Votre avis, s’il vous plaît, mon cher juge, voyons…
« Dit-il enfin en reprenant haleine.
« Ces vers que je crois beaux vous paraissent-ils bons ?…
« Pensez-vous ma gloire certaine ?…
« Avez-vous admiré ces endroits gracieux
« Où ma muse, peut-être fière,
« Se sentant à l’étroit sur notre pauvre terre
« Vole s’asseoir parmi les Dieux ?…
« Ai-je bien fait ou non de m’adresser d’avance
« Un peu d’encens ???… » — « Mon cher, vous avez très bien fait
« Lui répondit Ésope en baillant, car je pense
« Que personne après vous ne vous en donnerait… »