Page:Stevenson - Saint-Yves.djvu/65

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de moi, le bruit d’une crécelle de veilleur de nuit. Dans chaque maison, des fenêtres étaient ouvertes, et des dialogues s’échangeaient d’une maison à l’autre, entre personnes de toutes conditions, faisant voir toutes les variétés possibles du costume nocturne. De nouveau j’eus à subir une demi-douzaine de questions, pendant que le son de la crécelle devenait sans cesse plus proche. Mais, comme je ne marchais pas trop vite, que je parlais en homme bien élevé, et que la lueur des lampes n’était pas assez vive pour éclairer mon vêtement, je me tirai d’affaire sans trop d’embarras.

Dès que je fus un peu éloigné des maisons, je quittai la route, et me mis à suivre un petit sentier sombre, où je pus un peu me remettre de mon émotion.

Le sentier m’amena enfin au pied des Pentland Hills. J’étais arrivé à destination. Depuis quelque temps déjà le brouillard commençait à s’éclaircir ; bientôt il disparut tout à fait, les étoiles brillèrent, et je pus voir nettement, en face de moi, les sommets des collines, tandis que, derrière moi, la vallée du Forth et mon ancienne prison semblaient noyées dans un lac de vapeur. Je ne fis qu’une seule rencontre, celle d’un chariot de ferme, dont j’avais entendu de très loin craquer les roues, et qui passa près de moi, à l’aube, comme un objet vu en rêve. Deux figures silencieuses y étaient assises, sans doute endormies, remuant la tête en cadence, à chaque pas du cheval.

Et, bientôt, le jour acheva de paraître. L’Orient devint lumineux, se raya de couleurs indécises ; et, peu à peu, le château sur son rocher, les flèches et les cheminées de la ville haute prirent forme, et se dégagèrent, comme des îles, du grand lac de brume. Autour de moi, tout était calme et rustique ; le chemin montait et tournait, désert ; les oiseaux babillaient, peut-être pour se réchauffer ; les branches des arbres s’agitaient doucement et les feuilles rouges tombaient sur le sol. Il faisait grand jour, mais le froid était encore très vif, et le soleil n’était pas levé, lorsque je parvins au terme de mon voyage. Un pignon et