Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/242

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ministériel que dans le sens de la loi. Comment y remédier ? Donner aux magistrats conscience de l’ignominie de leur vénalité ? Rentreront-ils aussitôt en eux-mêmes et estimeront-ils la justice supérieure à leur intérêt ? Non, le peuple ne s’envole pas vers ces chimériques espoirs, car il sent que l’égoïsme est plus puissant que tout autre motif. C’est pourquoi les mêmes hommes peuvent demeurer juges qui l’ont été jusque-là, tellement on est convaincu qu’ils agissent en égoïstes ; seulement il ne faut pas que leur égoïsme soit plus longtemps favorisés par la vénalité du droit, ils doivent être assez indépendants du gouvernement pour ne pas mettre de l’ombre dans leur propre cause, « leur intérêt bien compris » par un jugement impartial, bien plus pour parvenir à concilier commodément un gros traitement avec la considération des citoyens.

Ainsi Welcker et les citoyens du duché de Bade ne se trouvent en sûreté que lorsqu’ils peuvent compter sur l’égoïsme. Que doit-on, par suite, penser des innombrables paroles de désintéressement qui sortent de leur bouche ?

Mon rapport avec la cause que je défends est tout autre suivant que je la sers en égoïste ou avec désintéressement. On pourrait le caractériser ainsi : dans le dernier cas, je puis pécher ou commettre un péché contre la cause, dans le premier cas, je ne puis que la négliger, m’en écarter, m’en priver, etc. je ne puis que commettre une maladresse. Ces deux conceptions se retrouvent dans la liberté du commerce car elle est considérée tantôt comme susceptible d’être maintenue ou retirée, suivant les circonstances, tantôt comme un dépôt sacré qui doit être conservé intact quelles que soient les circonstances. Si une chose prise en soi et