Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/280

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chacun un égoïste qu’il redoute. Il suppose de chacun le pire et il a soin — un soin policier — « qu’il n’arrive pas dommage à lui-même » ne quid respublica detrimenti capiat. Le moi effréné — et nous sommes ainsi à l’origine et le demeurons toujours dans notre for intérieur — est, dans l’État, le perpétuel criminel. L’homme que son audace, sa volonté, son manque de scrupules et son intrépidité conduisent, est par l’État, par le peuple, entouré d’espions. Je dis par le peuple ! Ce peuple dont, bonnes gens, vous vous imaginez merveilles, est policier jusqu’au fond de l’âme. Celui-là seul qui renie son moi, qui pratique l’« abnégation de soi-même » est agréable au peuple.

Bettina, dans le livre cité, est assez indulgente pour tenir l’État seulement pour malade, et espérer la guérison, guérison qu’elle opérera au moyen des « démagogues » ; mais il n’est pas malade, au contraire, il est en pleine force quand il veut chasser loin de lui les démagogues qui veulent pour les individus, pour « tous », gagner quelque avantage. Ses croyants sont pour lui ses meilleurs démagogues — conducteurs du peuple. Suivant Bettina[1], l’« État doit développer la liberté en germe dans l’humanité, autrement l’État est une mère corbeau qui n’a pour objet que sa pâture ». Il ne peut faire autrement car s’il a souci de l’« humanité » (ce qui d’ailleurs devrait déjà être le cas de l’État « humain » ou « libre »), l’« individu » est pâture à corbeaux. Avec quelle justesse, au contraire, s’exprime le bourgmestre[2] : « Comment ? L’État n’a pas d’autre obligation que de donner ses soins à des malades incurables ? Ça n’est pas sérieux. De tout temps l’État sain s’est débarrassé de

  1. P. 374.
  2. P. 381.