Page:Stirner - L’Unique et sa propriété.djvu/33

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la justice, désirent-elles rien de plus, que vous vous enthousiasmiez pour elles et les serviez ?

Elles trouvent singulièrement leur compte aux hommages de leurs zélateurs. Considérez un peuple défendu par des patriotes à toute épreuve. Les patriotes tombent dans des combats sanglants ou dans la lutte avec la faim et la misère. La nation est satisfaite. L’engrais de leurs cadavres en a fait « une nation florissante. » Les individus sont morts « pour la grande cause de la nation. » La nation leur envoie quelques mots de reconnaissance et a tout le profit de l’affaire. J’appelle cela un égoïsme lucratif.

Mais voyez pourtant ce Sultan qui a un tel souci des « siens ». N’est-il pas désintéressement incarné et ne se sacrifie-t-il pas à toute heure pour les siens ? Parfaitement, pour « les siens ». Fais-en l’épreuve, manifeste-toi non comme sien, mais comme tien : tu seras jeté aux fers pour t’être soustrait à son égoïsme. Le Sultan n’a mis sa Cause en rien autre chose qu’en lui-même : il est à lui-même tout dans tout, il est à lui-même l’unique et ne souffre personne qui oserait ne pas être des siens.

À ces exemples éclatants, ne voudrez-vous pas reconnaître que l’égoïste sait parfaitement mener sa barque ? Moi, pour ma part, j’y trouve un enseignement et au lieu de continuer à servir désintéressé ces grands égoïstes, je préfère être moi-même l’égoïste.

Dieu et l’humanité n’ont mis leur Cause en rien, — en rien autre chose qu’en eux-mêmes. Semblablement, je mets ma Cause en moi-même, moi qui aussi bien que Dieu suis le néant de tout autre, moi qui suis mon tout, moi qui suis l’Unique.

Si Dieu ou l’humanité, comme vous l’assurez, a une