Page:Sue - Le Juif errant - Tomes 9-10.djvu/11

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Enfin cette heure sonna.

Chaque coup du timbre retentit longuement au fond du cœur d’Adrienne. Elle pensa que Djalma, sans doute par réserve, ne s’était pas permis de devancer l’instant fixé par elle ; loin de le blâmer de cette discrétion, elle lui en sut gré ; mais de ce moment, au moindre bruit qu’elle entendait dans les salons voisins, suspendant sa respiration, elle prêtait l’oreille avec espérance.

Pendant les premières minutes qui suivirent l’heure où elle attendait Djalma, mademoiselle de Cardoville ne conçut aucune crainte sérieuse et calma son impatience un peu inquiète par ce calcul, très-puéril, très-niais, aux yeux des gens qui n’ont jamais connu la fiévreuse agitation d’une attente heureuse, en se disant que la pendule de la maison de la rue Blanche pouvait retarder de quelque peu sur la pendule de la rue d’Anjou.

Mais à mesure que cette différence supposée, d’ailleurs fort concevable, se changea en un retard d’un quart d’heure… de vingt minutes… et plus, Adrienne ressentit une angoisse croissante ; deux ou trois fois, la jeune fille, se levant, le cœur palpitant, alla sur la pointe du pied écouter à la porte du salon…

Elle n’entendit rien…