Page:Sue - Le Juif errant - Tomes 9-10.djvu/236

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marche… marche… marche…

Et il a marché… éternellement marché…

Ne bornant pas là sa vengeance, le Seigneur a voulu quelquefois attacher la mort aux pas de l’homme errant, et que les tombes innombrables fussent les bornes milliaires de sa marche homicide à travers les mondes.

Et c’était pour l’homme errant des jours de repos dans sa douleur infinie, lorsque la main invisible du Seigneur le poussait dans de profondes solitudes… telles que le désert où il traînait alors ses pas ; du moins, en traversant cette plaine désolée, en gravissant ce rude calvaire, il n’entendait plus le glas funèbre des cloches des morts qui toujours, toujours, tintaient derrière lui,… dans les contrées habitées.

Tout le jour, et encore à cette heure, plongé dans le noir abîme de ses pensées, suivant sa route fatale… allant où le menait l’invisible main, la tête baissée sur sa poitrine, les yeux fixés à terre, l’homme errant avait traversé la plaine, monté la montagne sans regarder le ciel… sans apercevoir le calvaire, sans voir le Christ en croix.

L’homme errant pensait aux derniers descendants de sa race, il sentait, au déchirement de son cœur, que de grands périls les menaçaient encore…