Page:Sue - Le Juif errant - Tomes 9-10.djvu/257

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Et Rodin attacha de nouveau son regard pénétrant sur le révérend père.

— Il est inutile, je crois, à Votre Révérence, de faire des suppositions semblables, dit le père d’Aigrigny en contenant difficilement son agitation.

— Comme votre supérieur, reprit sévèrement Rodin, j’ai le droit de vous demander ce que vous eussiez fait si le maréchal Simon avait levé la main sur vous.

— Monsieur !… s’écria le révérend père.

— Il n’y a pas de messieurs ici, il y a des prêtres, dit durement Rodin.

Le père d’Aigrigny baissa la tête, contenant difficilement sa colère.

— Je vous demande, reprit obstinément Rodin, quelle aurait été votre conduite, si le maréchal Simon vous eût frappé ? Est-ce clair ?

— Assez !… de grâce, dit le père d’Aigrigny, assez !

— Ou, si vous l’aimez mieux, s’il vous eût souffleté sur les deux joues, reprit Rodin avec un flegme opiniâtre.

Le père d’Aigrigny, blême, les dents serrées, les poings crispés, était en proie à une sorte de vertige à la seule pensée d’un outrage, tandis que Rodin, qui n’avait pas sans doute fait en vain cette question, soulevant ses flas-