Page:Sue - Le Juif errant - Tomes 9-10.djvu/51

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Après un moment d’hésitation, celui-ci qui, en parlant, s’était un peu avancé et redressé sur son fauteuil, se rejeta en arrière avec découragement, et, affaissé, replié sur lui-même, murmura :

— À quoi bon penser ?… cela fatigue… et je ne m’en sens plus la force…

— Vous dites vrai, mon cher fils ; à quoi bon penser ? il vaut mieux croire…

— Oui, mon père, il vaut mieux croire, souffrir ; il faut surtout oublier… oublier…

M. Hardy n’acheva pas, renversa languissamment sa tête sur le dossier de son siége, et mit sa main sur ses yeux.

— Hélas ! mon cher fils, dit le père d’Aigrigny avec des larmes dans le regard, dans la voix, et cet excellent comédien se mit à genoux auprès du fauteuil de M. Hardy ; hélas ! comment l’ami qui vous a si abominablement trahi a-t-il pu méconnaître un cœur comme le vôtre ?… Mais il en est toujours ainsi, quand on recherche l’affection des créatures, au lieu de ne penser qu’au Créateur ;… et cet indigne ami…

— Oh ! par pitié, ne me parlez pas de cette trahison,… dit M. Hardy en interrompant le révérend père d’une voix suppliante.

— Eh bien ! non, je n’en parlerai pas, mon