Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 10.djvu/109

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voix palpitante en sortant de la Cour-Dieu avec son compagnon. — C’est au nom de la douce mère du Christ que ces horreurs se commettent !… Oh ! les misérables ! aussi stupides que féroces ! !

— Ignorance, misère et fanatisme ! voilà leur terrible excuse… N’accusons pas ces malheureux ; ils sont ce que les moines les font ! — répondit l’inconnu à Christian avec un sourire d’une amertume navrante.

Et tous deux cheminèrent en hâte vers la demeure de l’artisan.


« — Ne crains rien, j’ai un moyen certain de rentrer en grâce auprès de ma famille, » — avait dit Hervé à fra‑Girard en sortant de l’église de Saint-Dominique, où il s’était procuré la lettre d’indulgence qui l’absolvait par avance de tous les forfaits. Hervé fut, hélas ! fidèle à sa promesse. Depuis longtemps de retour au logis paternel, et poursuivant son œuvre d’infernale hypocrisie, il était parvenu à éveiller dans l’âme de sa mère les mêmes espérances que dans l’âme de Christian ; aussi, entendant Hervé la supplier d’une voix émue de suspendre son jugement sur lui au sujet du larcin dont on le soupçonnait, avouer qu’il reconnaissait trop tardivement les funestes effets d’une dangereuse influence, et voyant enfin son fils répondre avec une effusion inattendue à l’affectueux accueil de sa sœur, Brigitte se dit, comme Christian : — Espérons, Hervé revient à des sentiments meilleurs ; le pénible entretien d’hier soir a porté ses fruits, nos remontrances ont eu sur lui une action salutaire, les principes qu’il a reçus de nous reprennent leur empire… Espérons, espérons !…

Et l’heureuse mère, le cœur aussi allègre qu’il était contristé la veille, s’occupait des préparatifs du repas du soir. Hêna, non moins joyeuse que Brigitte du retour de tendresse d’Hervé, rayonnait de bonheur, et le bonheur l’embellissait encore. Atteignant à peine sa